Le potentiel de la rencontre

Voilà maintenant 3 mois qu’a commencé la découverte de projets inclusifs en Amérique du Sud. Le carnet de bord présente 9 associations rencontrées, et surtout des portraits de personnes inspirantes et débordantes de sourires. 

 

Après de nombreuses discussions et échanges sur l’inclusion, j’aimerais vous partager quelques réflexions.

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Ce voyage est avant une histoire de rencontres. Elles nous invitent à découvrir des réalités autres que les destinations préconisées par les guides touristiques ! Discussions sur un trottoir en attendant le bus ou lors d’une marche en montagne...

 

Je pense que l’inclusion commence comme cela ; par une rencontre. Celle-ci m’ouvre à l’autre, à son histoire, à ses joies, à ses rêves mais aussi ses soucis et difficultés.

Premiers jours au Brésil. Je revois Anderson qui nous accueille chez lui, non loin d’une favela au Nord de Rio de Janeiro avec sa femme et sa fille. Trafic de drogues, règlements de compte entre gangs à main armée, amis tués… Il nous confie les difficultés qu'il y a à grandir dans une favela, bidonville brésilien. Il nous parle surtout de ses 2 priorités : d’étudier et de prendre soin de sa maman.

Deuxième jour. Rencontre avec Alexander, ami d’Anderson, au cœur d’une favela.

Me voilà entourée de jeunes de l’association « AJO Social » pour un petit-déjeuner surprise organisé pour notre arrivée. Les enfants m’apprennent des mots en Portugais et se réjouissent de répéter quelques mots en français.

C’est parti pour une session foot et badminton ! Comme chaque semaine, « AJO Social », propose des activités sportives aux enfants du quartier. Se dépasser dans l’effort, jouer en équipe; il est moins question pour ces jeunes de s'aventurer vers de mauvaises fréquentations comme l’explique Alexander. Son implication pour mobiliser les enfants et son quartier m'a beaucoup touchée!

Rencontrer des personnes vivant autrement nous enrichit, nous apporte une ouverture culturelle et nous interpelle. Comme le dirait Ryszard Kapuściński, un écrivain et journaliste polonais : « La rencontre avec l’Autre, avec des êtres humains différents, constitue depuis toujours l’expérience fondamentale et universelle de notre espèce. (…) Aujourd’hui, elle se pose à nous. Avec la même intensité. Ce choix est devenu essentiel et déterminant. Quelle attitude adopter devant l’Autre ? Comment le considérer ? ».

 

Changer de regard

Dans la banlieue de Curitiba, au sud du Brésil. C’est l’heure pour les jeunes habitants de la favela de fêter la fin des travaux pour le réaménagement d’une maison de leur quartier. Ils ont tout organisé de A à Z ! Une fille du groupe rétorque : « Changer la façon dont les gens nous regarde est la solution pour l’intégration ».

La suite de la discussion porte naturellement sur le funk, musique populaire des favelas brésiliennes et se termine par quelques pas de danse.

 

En Argentine, c’est au tour des jeunes de l’association ETIS de devenir des « agents du changement social ». Ils réalisent ainsi des services communautaires durant l’année pour améliorer la vie du quartier. C‘est si beau de constater que ces jeunes auparavant perçus comme des délinquants par la population attirent désormais un regard bienveillant !

J’en conclus que chaque individu est en mesure de donner le meilleur de lui-même si son entourage et les gens qu’il rencontre lui portent un regard d’amour, confiant et exigeant.

Agir ensemble

Je crois beaucoup en la résilience de chacun et à l’importance de trouver des solutions par soi-même. Néanmoins, je crois aussi en la force du réseau ; société civile, entreprises et organismes d’état pour permettre à chacun de trouver sa place. Car l’inclusion, c’est l’affaire de tous, n‘est-ce pas ?

Il y a plus de 30 ans en Patagonie, des argentins touchés par la situation des familles isolées ont décidé de fonder la Fundacion Cruzada Patagonica. En effet, dans les campagnes, ces personnes ne disposent pas d’infrastructures suffisantes pour vivre décemment (éducation de qualité, santé, électricité, eau, etc.). Une formation agricole et pratique est désormais proposée aux enfants, jeunes et adultes tout en partenariat avec l’Etat et avec les petites entreprises de la région.

Au Paraguay, c’est la rencontre avec Marcela,  une mère célibataire qui nous offre un portrait digne; celui d‘une mère en situation de pauvreté dont la fierté est celle de son fils. Sa modeste habitation témoigne d’une certaine forme de précarité.

Et pourtant, Marcela souhaite tout nous offrir. Elle nous explique que les écarts de richesses au Paraguay sont tels qu’ils empêchent une partie de la population de bénéficier d’un salaire décent. Et par conséquent, d’avoir un accès à une éducation et des services de soin de qualité pour tous.

Cette fois-ci, je comprends que l’inclusion semble dépendre d’abord des politiques publiques que du bon vouloir des citoyens. Je ne perds pas espoir. Après tout, l’inclusion pourrait être aussi bien un geste envers son voisin qu’un vote engagé ?

   

 Vous me direz sans doute ; oui c’est bien joli, mais concrètement, ça signifie quoi ?
Je pense que l’inclusion commence en chacun de nous, au sein de nos familles, avec nos amis, nos collègues de travail en nous posant la question suivante : « Comment nos actions peuvent-elles nous ouvrir davantage à l’autre en accueillant sa différence ? ».

Victorine

Article publié le 28 avril 2018

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